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Appel à témoignage

L’Association des familles des commandos de la France libre œuvre à restituer l’intégralité de leur histoire, au-delà du seul 6 juin 1944.
Témoignages et archives familiales permettent de faire vivre la mémoire de tous les hommes qui ont servi dans l’unité entre 1942 et 1945.

06 juin 1964 - Ouistreham

Collection Famille Kieffer ©

Le premier pas sur le sol de France

il y a 6 jours
3 min de lecture

Extrait du manuscrit "Hommes de la nuit", écrit par Laurent Casalonga dans les années 1980.

Dans ce passage, Laurent Casalonga relate ses premiers pas sur le sol français lors du débarquement du 6 juin 1944. Il a choisi de restituer ces événements à la première personne, comme s’il était lui-même témoin direct des scènes qui se déroulaient sous ses yeux.

 


…C’est un feu d’enfer ; par endroits, à travers le brouillard artificiel, on aperçoit les premiers obstacles dressés sur la plage. Les éclatements deviennent plus secs et plus rapprochés. Les traceuses passent heureusement au-dessus des têtes. La fumée, les explosions, les flammes enveloppent la grève.

Un craquement ; la barge s’immobilise. En avant ! Pinelli, Casalonga, Beux descendent la rampe gauche. Les hommes débarquent ; ils ont de l’eau jusqu’à la poitrine. Une explosion plus rapprochée : la rampe gauche est volatilisée ! Ils avancent péniblement au milieu des explosions et des tirs ennemis. Les obstacles se dressent devant eux comme des calvaires les conduisant à la mort !

En plein rideau de fumée, la respiration est difficile ; attention de na pas accrocher les fils reliant les Teller-mines dressées sur des poteaux. Les balles ennemies sifflent et ricochent dans l’eau. Une centaine de mètres à faire dans les vagues et au milieu de tous ces pièges. Des corps sans vie sont ballotés par les flots. Les pauvres pionniers du South Yorkshire Régiment, chargés de détruire les obstacles ont été exterminés.

Les Commandos français, enfin, arrivent à pied sec. Pinelli, un genou à terre, embrasse le sol de France ; à côté de lui, Casalonga, surpris par ce geste fait pareil. La Troop N°1, sous la conduite de Vourc’h, arrive, et maintenant, en ordre et en avant ! Au pas de course, tous foncent vers le haut de la plage ; encore deux cent mètres terribles à parcourir !

Le rideau de fumée est traversé ; des explosions, des traceuses, du feu, des flammes, des cadavres ; des blessés gisent sur ce rivage normand. Une terrible explosion projette une dizaine d’hommes à terre. « Pinelli ! Prenez le commandement ! » crie le Capitaine Guy Vourc’h, blessé. « Faure ! Prenez le commandement ! » réplique Pinelli, lui aussi grièvement touché. Une dizaine d’hommes ont « morflé » ; certains se relèvent blessés aux jambes ; ils retombent sur le sable.

Les explosions continuent ; le tir des Allemands redouble de violence. À vingt mètres à peine, un blockhaus ennemi ; les Allemands tirent au fusil-mitrailleur, et lancent des grenades pour achever les blessés. Des Commandos anglais vont réussir à le faire sauter et à tuer tous les Allemands à l’intérieur.

À quelques mètres des barbelés, en haut de la plage, Bucher, Lahouze, Dumenoir, Beux, Piauge, Léostic et Casalonga sont allongés sur le sable, grièvement blessés, aux côtés de Pinelli et Vourc’h Guy. Plus bas, Laventure, Cabellan, les deux copains inséparables Flesh et Rousseau sont eux aussi blessés. Derrien arrive en courant, s’arrête devant son copain Casalonga et veut l’aider ; ce dernier lui crie de se « barrer » au plus vite ; Derrien l’embrasse sur le front et disparaît dans la fumée.

Les Commandos continuent d’arriver en courant au milieu des obus et des traceuses. Les blessés sanguinolents ne peuvent attendre aucun secours. Les milliers de poux de mer qui infectent la plage sautent sur les plaies. Lahouse est de nouveau blessé, ainsi que Beux. Casalonga, blessé aux jambes et aux reins, prend sa pelle-pioche et fait un trou pour mettre son buste et sa tête à l’abri des éclats. Les obus de 8 et de mortier tombent sans arrêt. Vourc’h et Léostic mettent leur tête à l’abri dans un trou. C’est un véritable enfer de feu, de flammes, d’explosions… Des corps étendus, gisant partout.

Sur la droite, la Troop Lofi et la Section K. Guns arrivent au pas de course. Un blessé de la Troop N°1 les aperçoit et leur crie « En avant les gars, « Vive la France ! ». Les obus de mortier qui éclatent sont couverts par le tir des armes automatiques individuelles. Dumenoir, un mouchoir dans sa bouche pour ne pas crier de douleur, a le ventre ouvert et retient avec ses mains les boyaux qui quittent son corps. Il va mourir sans une plainte. Rousseau agonise ; Flesh à ses côtés va, lui aussi, mourir …

 

Casalonga, couché, sur le sable, ne pouvant se relever, chante la Marseillaise pour encourager ses camarades. Évacué vers l’Angleterre pour soins, il refuse de rester à l’écart du combat.

Fin juillet 1944, il rejoint volontairement son unité et participe à la campagne de Normandie, puis aux combats en Belgique et aux Pays-Bas, notamment lors de la prise de Flessingue, sur l’île de Walcheren, en novembre 1944. Son engagement sans faille se poursuit jusqu’à la fin de la guerre en Allemagne.


© Homme de la nuit - Laurent Casalonga - 1980



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