LA MAISON DE SANTÉ PASTEUR-LISTER - BEACONSFIELD
- 10 mars
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Dernière mise à jour : 24 avr.
Vous avez peut-être déjà parcouru les biographies de commandos publiées sur le site Parcours des Vies dans la Royale, ou bien vous possédez des documents d’archives originaux relatifs à leur service militaire. Dans nombre de ces sources apparaît la mention de la « Maison de Santé de Beaconsfield », un lieu souvent cité mais encore méconnu.
Cet article a pour objectif de présenter et d’éclairer le rôle de la Maison de Santé, afin de vous aider à mieux comprendre le parcours de certains commandos durant la Seconde Guerre mondiale. En effet, cet établissement a accueilli de nombreux hommes engagés dans la Royale, parfois pour des séjours de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Pour certains, il s’agissait d’une étape de convalescence après une blessure ou une maladie ; pour d’autres, d’un temps de repos nécessaire avant de reprendre le service.
Comprendre ce qu’était la Maison de Santé de Beaconsfield, son fonctionnement et les raisons pour lesquelles tant de commandos y ont transité, permet de replacer ces périodes parfois obscures dans le contexte plus large de leur engagement et des réalités de la guerre.
Présentation des structures médicales de la France libre
Jusqu'à la fin de 1940, la France libre dépendait des hôpitaux britanniques, notamment ceux de la Royal Navy, pour assurer l'ensemble des soins médicaux destinés aux malades et aux blessés. Les difficultés linguistiques et le moral des patients ont rendu nécessaire la création de diverses structures de soins sous l'égide de la France libre.
De petits services médicaux furent créés dans toutes les principales bases de la FNFL (Greenock, Cowes, Dundee, et plus tard à Portsmouth, à la caserne Bir Hacheim à Emsworth). À Londres, l'hôpital Maritime Albert Calmette fut établi à St. John's Wood, avec 30 lits et des services de chirurgie et de radiologie. La FNFL ne disposa jamais d'importantes infrastructures chirurgicales et continua de dépendre des hôpitaux britanniques pour le traitement des maladies et blessures aiguës, malgré des dispositions prises pour une étroite collaboration avec les médecins français. Les patients de Beaconsfield nécessitant des soins urgents étaient envoyés à l'hôpital général d'Amersham.
Les établissements médicaux de la FNFL étaient donc principalement destinés au traitement des affections et blessures mineures, ainsi qu'à la convalescence et aux maladies chroniques, dont la tuberculose était de loin la plus répandue. La plus grande concentration de ces structures se trouvait à Beaconsfield, où la FNFL réquisitionna quatre grandes maisons.
Début 1941, les propriétaires d'un grand manoir victorien, M. et Mme Timmis, décidèrent de mettre leur demeure, Butler's Court, à disposition comme hôpital militaire, initialement destiné aux soldats britanniques blessés. Mais grâce à l'intervention du fonds « Français en Grande-Bretagne », Butler's Court fut proposé à la FNFL et ouvrit ses portes le 4 janvier 1941.
Butler’s Court disposait de 60 lits de convalescence et était le plus grand établissement des Forces françaises libres (FFL) au Royaume-Uni. Il était connu sous le nom de Maison de Santé Pasteur-Lister. Cependant, étant donné qu’il était accessible non seulement au personnel des FFL, mais aussi aux marins de la marine marchande française libre, il manqua rapidement de capacité.
On recherchait d'autres structures de convalescence, de préférence plus proches des bases des Forces navales de la Marine (FNFL). L'une d'elles fut créée à Steep House, à Petersfield, qui devint une seconde maison de repos de 25 lits, idéalement située près de Portsmouth, puis plus tard de la caserne Bir Hacheim à Emsworth.
La Maison de Santé remplissait trois fonctions : assurer le traitement de longue durée des affections non contagieuses, proposer une convalescence sous surveillance médicale aux patients en phase post-opératoire et post-aiguë, et servir de lieu de repos, notamment pour les équipages de navires ayant servi sous les tropiques.
De retour à Beaconsfield, Highfield, une grande maison édouardienne située sur Grove Road, à proximité de Butler’s Court, fut acquise par la FNFL le 2 janvier 1942. Cette demeure fut transformée en sanatorium de 40 lits pour les tuberculeux des trois armées. La FNFL y fit construire une extension et une grande véranda (toujours visibles aujourd’hui) afin d’offrir aux patients la possibilité de profiter du grand air et du soleil, qui, avant l’avènement des antibiotiques, constituaient le seul « traitement » disponible. Une grande partie des patients de Highfield étaient des équipages de sous-marins, parmi lesquels la tuberculose était particulièrement répandue.
Cet établissement fut baptisé Sanatorium Laennec, en hommage au médecin français du début du XIXe siècle qui inventa le stéthoscope et qui mourut de la tuberculose.
Deux autres propriétés à Beaconsfield, Grove Ash et Westmoreland, servaient de logement aux médecins et aux infirmières. Grove Ash disposait également de 25 lits supplémentaires pour les patients non infectieux provenant de Highfield.
À son apogée, Beaconsfield accueillait entre 300 et 400 patients, et pendant la guerre, plusieurs milliers de personnes y furent soignées et convalescentes.
Le docteur Robert Garraud fut nommé directeur médical des centres médicaux de Beaconsfield, et René Nublat, gestionnaire. Le personnel infirmier était principalement assuré par la Croix-Rouge, mais comptait également quelques infirmières canadiennes-françaises et des membres du Women’s Royal Voluntary Service. Les Guides se chargeaient des tâches ménagères. Si les services de la Croix-Rouge étaient en principe assurés par des bénévoles, dans les faits, les infirmières recevaient 10 shillings (0,60 euro) pour cinq demi-journées par semaine, ainsi que le déjeuner.
Le général de Gaulle s'est rendu à Beaconsfield à au moins deux reprises. Le 27 octobre 1941, il était accompagné de Sa Majesté la Reine (la Reine Mère).
La vie à la Maison de Santé
Outre les installations médicales, les patients bénéficiaient de nombreux agréments. Une bibliothèque était entretenue par les habitants du quartier, et l'établissement disposait d'une salle de jeux, d'un cinéma et d'un court de tennis. Les patients élevaient des porcs et cultivaient un potager dans les champs voisins.
Si leur état le permettait, les patients participaient aux activités locales. Pendant la Semaine des Armes de Guerre, du 24 au 31 mai 1941, les marins des Forces françaises libres ont participé à un défilé à Five Ways, à Beaconsfield (les habitants de Beaconsfield avaient financé la corvette HMS Clematis).
Les infirmières ont joué un rôle essentiel, non seulement en matière de soins infirmiers, mais aussi en créant un environnement social pour les patients. Le commando Jean Biestro a épousé Eileen Bray, infirmière à la Maison de Santé.
La Maison de Santé a accueilli plusieurs blessés de la campagne de Normandie. La photographie ci-dessous, prise en septembre 1944, montrent notamment six commandos.

Environ 34 marins français libres sont décédés à Beaconsfield. Tous, sauf deux, sont morts de la tuberculose, dont un commando, Marcel Joho.
Les autres ont péri dans des accidents de la route pendant le black-out.
Inhumés au cimetière de Shepherds Lane à Beaconsfield, leurs dépouilles ont été exhumées en 1948 ; certaines ont été transférées au cimetière militaire de Brookwood, d’autres rapatriées en France.
En 1993, une plaque commémorative a été apposée au cimetière de Shepherds Lane en hommage à « La France Combattante ».
Après la guerre
Butlers Court continua de servir d'hôpital de la FNFL jusqu'à la fin de 1945. Il fut vendu au Conseil du comté de Londres, puis en 1956 au papetier Wiggins Teape, qui en fit un centre de recherche jusqu'en 2010 environ. Le site fut ensuite acquis par le promoteur immobilier Berkeley Homes, qui y construisit de nouvelles maisons et appartements. La maison principale, Butlers Court, fut préservée et transformée en six appartements de luxe. Trois de ces immeubles portent le nom d'anciens patients : Biestro Lodge, Cabanier Lodge et Sanz House.
Highfield fut vendu par la FNFL en 1947 et est aujourd'hui une résidence privée.
Crédits photographiques :
Musée de Tradition de l’École des Fusiliers Marins, Lanester
© Noël Rabouhans - 16 février 2026





Je ne connaissais pas l’histoire de la maison de santé Pasteur-Lister à Beaconsfield, et j’ai beaucoup appris en lisant cet article. Le sujet est très intéressant et bien présenté, ce qui permet de mieux comprendre l’importance de ce lieu dans son contexte historique.
Les britanniques étaient vraiment formidables mettant à disposition leurs magnifiques maisons et la population toujours prete à aider, soutenir, une vraie communauté où chacun tenait un role. Cet article nous fait très bien comprendre l'ambiance qui devait regner dans ces maisons; un peu de bonheu, de calme et de distraction pour des combattants loin de leurs familles et souvent blessés moralemet et psychologiquement.