top of page

Appel à témoignage

L’Association des familles des commandos de la France libre œuvre à restituer l’intégralité de leur histoire, au-delà du seul 6 juin 1944.
Témoignages et archives familiales permettent de faire vivre la mémoire de tous les hommes qui ont servi dans l’unité entre 1942 et 1945.

06 juin 1964 - Ouistreham

Collection Famille Kieffer ©

CRICCIETH

  • il y a 5 jours
  • 6 min de lecture

La petite ville balnéaire de Criccieth, au nord du Pays de Galles, occupe une place particulière dans l'histoire des commandos français libres. Bien qu'elle ne soit jamais mentionnée dans l'État des Services du commando, tous les commandos français libres y furent stationnés entre juillet 1942 et fin mai 1943. À son apogée, près de 100 commandos logeaient dans des logements (« billets ») fournis par les habitants, dont la population, avoisinant les 2 000 habitants durant la Seconde Guerre mondiale (un chiffre gonflé par les évacués), était alors importante.

La ville est dominée par son château du XIIIe siècle, bâti sur un promontoire rocheux, mais en grande partie en ruines depuis le XVe siècle.

Cet article relate en détail le séjour des commandos à Criccieth.

 

Le Commando No. 10 (Interallié)

Au printemps 1942, il fut décidé de rassembler des commandos volontaires issus de plusieurs pays occupés par les nazis pour former le Commando n° 10 (Interallié), inauguré le 1er juillet 1942 sous le commandement du lieutenant-colonel Dudley-Lister. Chaque unité étrangère fut constituée en troupe distincte et déployée dans les villes côtières du nord du Pays de Galles en juillet 1942, comme indiqué ci-dessous.

Quartier général                                                       Harlech

No. 1 troupe (Française)                                           Criccieth

No. 2 troupe (Néerlandaise)                                    Porthmadog

No. 3 (X) troupe (Allemande, Juif)                           Aberdovey

No. 4 troupe (Belge)                                                Abersoch

No. 5 troupe (Norvégienne)                                     Nefyn

No. 6 troupe (Polonaise)                                           Fairbourne

(Plus tard Caernarfon)

 

Une troupe Yougoslave (n° 7) and une deuxième troupe Française (n° 8) furent ajoutées en 1943, après que le commando eut quitté Criccieth pour Eastbourne.

 

Arrivée à Criccieth

Après avoir défilé à Londres devant le général de Gaulle le 14 juillet 1942, la troupe n° 1, fort de 54 hommes, arriva à Criccieth le 16 juillet. Kieffer y installa son quartier général temporaire à l'hôtel George. Les hommes furent logés dans des « Billets », à raison d'un ou deux hommes par foyer. Ces cantonnements furent trouvés par les autorités locales. Cet arrangement soulagea les autorités militaires de la nécessité de prendre en charge ces dépenses et favorisa de bonnes relations entre la population locale et les troupes étrangères. Il semble qu'au départ, les habitants de Criccieth aient accueilli les Français avec une certaine méfiance, mais Kieffer imposa une discipline stricte afin d'encourager une bonne conduite, et de bonnes relations s'établirent rapidement. En particulier, de nombreux commandos d'origine bretonne trouvèrent relativement facile de comprendre le gallois, les deux étant des langues celtiques.

Outre l'hébergement chez des particuliers, les commandos se virent attribuer deux grandes demeures, Llety et Bryn-Hir Hall. Fin juillet, Llety devint le quartier général. Il était (et est toujours) situé en bord de mer, à proximité de l'esplanade herbeuse où se déroulaient les exercices d'entraînement.

Une tyrolienne a été installée, reliant le dernier étage de Llety à la plage. Le montant de l'escalier inférieur de Llety porte encore les profondes entailles laissées par les entraînements au maniement de la baïonnette !

Dans une lettre datée du 21 juillet 1942 et adressée au contre-amiral Auboyneau, Kieffer décrit l'accueil chaleureux qu'il a reçu de la population locale, malgré la réserve habituelle des habitants de cette région. Les commandos, seules troupes combattantes du secteur, ont pris en charge la sécurité locale et apportent leur soutien aux services locaux, notamment la police. Kieffer a organisé des projections de films et des bals pour les commandos et s'est procuré des livres et des magazines en français pour une petite bibliothèque. La lettre désigne les commandos de la France libre comme la « Fighting French Troop », leur appellation britannique habituelle. Le nom français équivalent, « La France Combattante », a été adopté le 14 juillet 1942 en remplacement de « France Libre », afin d'inclure les éléments de la Résistance française opérant sur le sol français. Kieffer insiste sur la nécessité d'un secret absolu concernant l'emplacement de son unité : « le nom du village où nous sommes ne doit jamais être mentionné ». Il décrit ensuite la région comme idéale pour l'entraînement : isolée, montagneuse, traversée de rivières et bordée par la mer.

Un mois après leur arrivée à Criccieth, les commandos français libres connurent leur premier combat à Dieppe, bien que celui-ci n'impliquât que 15 hommes.

 

Entraînement

La période de dix mois durant laquelle les commandos français libres furent stationnés à Criccieth fut marquée par un entraînement continu et intensif. Kieffer décrit une journée type commençant vers 8 h et se prolongeant jusqu'à 18 h ou 19 h ; il y avait au moins trois exercices nocturnes par semaine, et les commandos étaient souvent absents de leurs cantonnements pendant dix jours d'affilée.

En juillet et août 1942, l'activité principale consista à se familiariser avec la région et à fournir tout le matériel nécessaire. Un parcours d'assaut fut aménagé, ainsi qu'un stand de tir près du club de golf, au nord de la ville. Le 10 août, la troupe n° 1 comptait deux officiers (Kieffer et Trépel) et 78 hommes du rang. Le béret vert devint la coiffure officielle de toutes les unités de commandos le 27 octobre 1942.

Un exercice conjoint avec la troupe n° 2 néerlandaise fut mené le 31 octobre, au cours duquel les Français effectuèrent un débarquement opposant des troupes néerlandaises à Rhiw-for-Fawr, près de Criccieth.


 

Voici une célèbre photographie, souvent diffusée, des commandos en marche à travers le village de Llanystumdwy, à environ 3 km de Criccieth.

Au premier rang, de gauche à droite : Francis Vourch, Kieffer et Trépel.

La photographie porte les signatures, de gauche à droite : Philippe Kieffer, Francis Vourch, Guy Vourc'h et Charles Trépel. Au verso, elle est signée par 57 commandos.

Elle a probablement été prise à la fin de l’été 1942 ou au printemps 1943.




 

En décembre 1942, douze commandos furent envoyés à la base aérienne de Ringway pour un entraînement au parachutisme. Cette formation prévoyait l'opération Coughdrop, une attaque audacieuse contre les bases de sous-marins allemands de Lorient. L'opération fut annulée en mai 1943, jugée trop risquée au regard des chances de succès.

À la fin de 1942, le seul engagement des commandos fut le raid de Dieppe en août 1942, auquel participèrent seulement 15 hommes. Le moral était au plus bas, une situation aggravée par le sabordage de la flotte française à Toulon en novembre et par la rivalité complexe entre le général de Gaulle et le général Giraud suite au débarquement allié en Afrique du Nord (Opération Torch). Une vingtaine de commandos quittèrent l'unité à cette époque.

Des exercices supplémentaires et des entraînements spécialisés furent organisés afin de maintenir le moral des troupes. L'opération Longford, menée en février 1943, en fut un exemple. L'objectif, avec les troupes 2, 4 et 6, était de simuler la destruction du pont Magdalen à Oxford. La ville était défendue par deux brigades blindées et trois régiments de la Garde. Après une marche de 50 km, un groupe de commandos français libres plaça des charges factices sur le pont, tandis qu'un second groupe créait une diversion. La Home Guard et le chef de la police furent faits prisonniers.

D'autres exercices eurent lieu en avril 1943. L'un d'eux (opération Djebel), dans la région de Llanberis – Capel Curig – Bethesda, comprenait la traversée d'un cours d'eau de nuit, des attaques à munitions réelles et la prise d'une position montagneuse.

Une initiative visant à remonter le moral des troupes fut la visite de l'actrice et chanteuse française Germaine Sablon en avril 1943.

Le 8 mai 1943, il fut annoncé que l'ensemble du commando n° 10 serait transféré à Eastbourne, sur la côte sud, afin d'être mieux positionné pour les opérations en Europe. Les commandos quittèrent Criccieth le 31 mai 1943.

 

Temps libre

Mais ce n'était pas que du travail acharné. Les commandos avaient le temps de tisser des liens avec les familles locales et de profiter de leurs loisirs. Au moins trois commandos ont épousé des femmes du coin, et mon père a rencontré ma mère pour la première fois lors de vacances à Criccieth en 1942.

 

Plaque commémorative

En 2014, mes sœurs et moi avons constaté que malgré la présence des commandos français libres à Criccieth pendant la guerre, cette période importante de l'histoire de la ville n'était pas commémorée publiquement. Avec le soutien du maire, Robert Cadwalader, il a été décidé d'installer une plaque commémorative sur la digue, juste en dessous de Llety, la maison qui servait de quartier général aux commandos.

La plaque, en ardoise noire galloise polie, porte des inscriptions en gallois, en français et en anglais.

Elle a été dévoilée le 18 juin 2016 lors d'une cérémonie en présence de plus de 50 membres de familles de commandos français libres, dont Dominique Kieffer, fille de Philippe Kieffer.

Le commandant de l’époque de l'actuelle unité Commando Kieffer, le CF Pierre Roty, et deux hommes du commando étaient également présents, ainsi que Patrick Churchill, vétéran du Commando n° 4, l'unité britannique avec laquelle les commandos français libres étaient le plus étroitement liés.

 

Crédits photo : © Collection famille Kieffer,


© Noël Rabouhans - 25 février 2026



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page