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Appel à témoignage

L’Association des familles des commandos de la France libre œuvre à restituer l’intégralité de leur histoire, au-delà du seul 6 juin 1944.
Témoignages et archives familiales permettent de faire vivre la mémoire de tous les hommes qui ont servi dans l’unité entre 1942 et 1945.

06 juin 1964 - Ouistreham

Collection Famille Kieffer ©

Pourquoi le Ravivage de la flamme du Soldat Inconnu le 28 février.

  • 9 févr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 févr.


Défilé à Paris en 1945
Collection Famille Kieffer ©

Chaque 28 février, l’Amicale des Fusiliers Marins et Commandos (ANFMC) organise une cérémonie commémorative à l’Arc de Triomphe. En ravivant la flamme du soldat inconnu, l’Amicale rend honneur à la mémoire de Charles Trépel, de ses compagnons d’armes, ainsi qu’à l’ensemble des fusiliers marins et commandos tombés ou disparus au cours d’opérations extérieures.

À travers ce rassemblement, l’ANFMC perpétue le souvenir de leur engagement, de leur courage et de leur sacrifice au service de la France, tout en transmettant aux générations actuelles et futures le devoir de mémoire et les valeurs portées par ces hommes.



Raid Hardtack 36 - Premium - 28 février 1944

Un nouveau raid, baptisé Premium, est commandité par l’Intelligence Service. Trépel se voit confier l’opération. Son groupe et lui doivent débarquer à 8 kilomètres au nord de Scheveningen, sur la plage de Wassenaar, avec pour mission d’aller repérer un site de lancement de fusées V2.

Pourquoi cette mission et pourquoi Trépel a-t-il été choisi pour la mener ? Des éléments de réponse se trouvent dans son parcours même. Tout d’abord, il avait passé des vacances dans la région durant son enfance, chez les industriels néerlandais et amis de sa famille, les Van den Bergh. Il parlait parfaitement non seulement l’allemand, mais aussi le néerlandais.

Les troops néerlandaises du N° 10 Commando interallié étant parties pour l’Extrême-Orient peu avant et n’étant donc plus disponibles, Trépel semblait donc la personne la plus capable de conduire cette opération. Charles avait de plus des connaissances poussées sur les fusées qu’il avait longuement étudiées ; il avait fréquenté la même école et le même club que Wernher von Braun, concepteur de ces V2 sur lesquels il devait justement se renseigner, et sans doute trouver un moyen de les détruire (soit en cartographiant la zone en vue d’un bombardement, soit en se renseignant sur la faisabilité d’un sabotage).

Le groupe s’entraîne durant toute la deuxième quinzaine de février 1944 en attendant l’ordre de départ depuis le port de Great Yarmouth. Un premier départ est tenté le 24 février, mais il faut rebrousser chemin en raison d’un problème technique (radionavigation) sur la vedette. Le convoi doit même affronter des vedettes allemandes au retour.

Le 27 février, l’équipe composée de Charles Trépel, Antoine Grossi, André Lallier, Fernand Devillers, René Guy, Jacquelin Rivière, Jean Hagnéré et Roger Cabanella retente l’opération et part de Great Yarmouth vers 16 heures à bord de la vedette MTB 617. Ils arrivent en vue des côtes vers 1 h 30, soit avec deux heures de retard en raison de nouveaux problèmes techniques dans les appareils de navigation et de la rencontre avec un convoi ennemi qu’il a fallu éviter.

Le doris (petit bateau à moteur silencieux) est mis à l’eau avec un petit canot pneumatique amarré (dinghy) et part en direction de la plage. Dix minutes après leur départ, des fusées éclairantes rouges sont tirées depuis la plage par les Allemands. Le doris est à 30 mètres.

Les six commandos français (Lallier est à bord de la vedette en renfort et Grossi reste sur le doris comme barreur) embarquent sur le canot pneumatique alors que trois nouvelles fusées rouge, verte et blanche sont tirées depuis la côte. L’ennemi semble alerté par quelque chose. Le bon sens voudrait que l’on annule l’opération. Trépel décide de ne rien changer et accoste à 2 heures.

Le doris attend, s’éloigne un peu pour ne pas être repéré. Le temps passe. On entend des cris et des aboiements de chiens. De nouvelles fusées sont tirées régulièrement, jusqu’à 4 h 45. On aperçoit des lampes électriques, mais aucun coup de feu ou explosion n’est entendu. Pourtant l’inquiétude grandit. Trépel et ses hommes devraient être de retour depuis 4 h 30. Grossi et le commando britannique Sayers, à bord du doris avec lui, demandent par radio à la vedette de leur laisser encore trente minutes. Finalement, à 5 heures du matin, ils se résignent à rejoindre le MTB qui file à toute vitesse vers l’Angleterre avant le lever du jour.

La procédure veut que le MTB retourne chercher l’équipe restée à terre la nuit suivante si celle-ci n’a pas pu rembarquer la première fois. Pourtant, le commandant de la vedette, Bradford, reçoit l’ordre formel de ne pas y retourner au motif que les conditions météo sont bien trop défavorables.

Le mystère qui entoure cette opération soulève de nombreuses questions chez les commandos français qui n’en comprennent pas les buts réels. Le groupe Trépel a-t-il été sacrifié ?

Les mois passent. Tout le monde espère un retour du groupe. Mais rien…

En mai 1945, plus d’un an après l’opération et alors que les commandos français se trouvent sur le front des Pays-Bas, le commandant Kieffer cherche à faire la lumière sur ce qui a pu se passer et confie au lieutenant Hulot le soin de mener l’enquête. Il collecte des renseignements auprès des chefs de la résistance néerlandaise, auprès de prisonniers allemands, fantassins, marins, SS, policiers, auprès de la police néerlandaise, de l’Intelligence Service, auprès des deux chefs de la Gestapo de Rotterdam, le major Schneider et le Hauptman Munt. Rien. Personne ne semble être au courant d’une quelconque opération commando qui aurait tourné au fiasco dans la région.

Hulot visite de nombreux cimetières, notamment à Spuiden et Zandvoort, où il constate la présence de plusieurs tombes de soldats alliés anonymes, mais aucune date ne semble correspondre. Il fait alors deux hypothèses : les membres de l’équipe de Trépel ont été tués par des mines ou des tirs (bien que l’on n’ait rien entendu de ce genre cette nuit-là) puis enterrés anonymement, soit capturés vivants par la Gestapo qui les a ensuite fait disparaître.

Le capitaine Miles Belleville, officier des Opérations Combinées, se charge de la suite de l’enquête et les deux hommes retrouvent finalement la trace des commandos français : six tombes dans le cimetière militaire de La Haye identifiées par les Allemands comme étant celles d’aviateurs alliés inconnus, mais dont les dates de décès correspondent à peu près à celle de la disparition du groupe (enterrés le 6 mars), sauf un sixième enterré le 10 mai suivant.

Les lieutenants Hulot et Lavezzi, les seconds maîtres Moal, Richen, Paillet, Caron et les quartiers-maîtres Caillé, Foliot, Chouteau, Coppin et Ballaro reçoivent alors l’ordre d’aller identifier les corps.

Pour eux, il ne subsiste aucun doute sur les identités des corps présents, et notamment celui du cercueil N° 78 :

 

Très bien conservé, corps trapu et fort ; vêtu d’un caleçon et d’un maillot de laine blanche type armée, cheveux noirs et crépus. Ce cadavre fut immédiatement identifié pour être celui du capitaine Trépel Charles, Matricule 54454, détaché de la terre aux F.N.G.B.

 

Si une idée largement répandue veut qu’ils aient été torturés à mort, il s’agit là de suppositions qui ne sont fondées sur rien d’autre que les hypothèses énoncées par le lieutenant Hulot avant la découverte des corps. L’examen de ceux-ci précise en effet qu’ils ne présentent aucune trace de blessure particulière, mais que « tous portent sur leur visage l’expression d’avoir terriblement souffert ». En déduire que ces souffrances ont été provoquées par des tortures ne repose donc sur rien de tangible.

Une autre hypothèse, beaucoup plus plausible et fondée sur des éléments vérifiables, a pourtant été avancée. Les recherches effectuées par l’historien P. H. Kamphuis ont permis de découvrir un rapport allemand relatant la découverte des corps des six Français.

Le lendemain du raid, le 29 février 1944, à 2 h 30 du matin, les soldats allemands du point fortifié nommé WN 37 (Widerstandsnest 37) sont alertés par la découverte, sur le rivage, d’un dinghy avec trois corps à bord. Un quatrième corps est retrouvé dans le même secteur peu après. La police de Wassenaar est alors chargée de venir récupérer les corps. Il s’agit de ceux de Jean Hagnéré, René Guy, Jaquelin Rivière et Roger Cabanella. Le corps de Charles Trépel est retrouvé une semaine plus tard, après avoir visiblement longtemps dérivé. Ce n’est que deux mois plus tard, au sud de Wassenaar, qu’un sixième corps est retrouvé. Il s’agit de Fernand Devillers.

L’hypothèse la plus plausible serait donc que Trépel et ses hommes se soient cachés dans les dunes le temps que l’alerte allemande cesse, puis aient attendu le retour du MTB la nuit suivante comme le voulait la procédure. Les températures négatives cette nuit-là, conjuguées au vent, sur des hommes trempés et aussi endurcis qu’ils aient pu être, ont donc sans doute provoqué leur mort par hypothermie pour l’essentiel de l’équipe et sans doute par noyade pour Trépel et Devillers. Moins romancée et épique qu’une mort sous la torture, l’hypothèse d’une équipe morte de froid et d’épuisement ou de noyade est donc la plus vraisemblable. D’autant que s’ils avaient été torturés et assassinés (alors qu’aucune trace de torture n’a été décelée sur leurs corps, rappelons-le), les Allemands n’auraient pas confié les dépouilles aux autorités civiles néerlandaises.

Benjamin Massieu

Philippe Kieffer – Chef des commandos de la France libre

Préface de l’amiral Prazuc

Editions Pierre de Taillac


 


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